ILYA

Chapitre 6

L'appel aquatique

Elle flottait dans ce rêve étrange, un monde entre l’éveil et l’oubli.

Autour d’elle, les abysses s’illuminaient de nuances bleutées, parcourues de lueurs ondulantes.

Une présence bienveillante émergea doucement des ténèbres liquides : une raie immense, majestueuse, dont la bioluminescence dessinait des arabesques hypnotiques sur sa peau lisse.

 

Sans ouvrir la bouche, sans qu’aucun son ne trouble ce silence onirique, une voix douce résonna dans son esprit.

 

« Nous devons nous retrouver devant la plage. J’ai hâte de commencer cette aventure avec toi. J’ai un voyage à te proposer, bien plus grand que tu ne l’imagines… »

 

La voix de la raie était un murmure d’apaisement, comme une caresse portée par le courant marin.

Chaque mot résonnait en elle comme une évidence.

Un appel.

Une promesse.

 

Soudain, le rêve se brisa.

 

Elle sursauta, retrouvant le sol ferme sous ses pieds, face à l’homme massif qui l’observait en silence.

L’écho du rêve vibrait encore dans son esprit. Son cœur battait plus fort.

 

Elle comprit alors qu’elle devait partir.

Seule… ou presque.

Cette raie l’attendait, quelque part, prête à la guider vers son destin.

 

D’un mouvement décidé, elle se leva.

 

Je pars à l’aventure !

 

Sa voix, claire et déterminée, résonna dans la chaumière.

 

Mais avant de franchir le seuil, elle se tourna vers l’homme.

 

Quel est ton nom ? demanda-t-elle.

 

Un sourire tranquille illumina le visage du Maori.

 

Mani.

 

Il la fixa un instant, puis reprit, son ton empli d’une douceur contenue :

 

Et toi ? Comment devons-nous t’appeler ?

 

Un instant, elle hésita.

Ce vide en elle… cette absence d’identité.

Mais alors qu’elle ouvrait la bouche, une certitude naquit en elle, comme si ce nom l’attendait depuis toujours.

 

Ilya.

 

Mani hocha lentement la tête.

 

Alors, Ilya… Que les esprits veillent sur toi.

 

Elle lui offrit un dernier regard, empli de gratitude, avant de tourner les talons.

 

Dehors, le vent soulevait les grains de sable tandis qu’elle avançait vers la plage.

Mais à mesure qu’elle approchait du rivage, son enthousiasme s’atténua.

 

Le paysage qui s’étalait sous ses yeux était d’une tristesse infinie.

 

La plage, autrefois peut-être luxuriante, n’était plus qu’un désert austère.

Pas une fleur, pas une feuille. Seulement du bois sec, des plantes rabougries, et une terre stérile.

 

Un poids s’abattit sur son cœur.

 

Elle avait entendu l’histoire de Mojo.

Elle savait que la malédiction rongeait cette terre.

Mais le voir de ses propres yeux…

C’était un choc.

 

Un frisson de détermination la parcourut.

 

Elle ne laisserait pas cette terre mourir.

 

Elle redressa la tête, les poings serrés, et s’avança vers l’océan.

 

Là, elle attendit.

 

Le clapotis des vagues effleura ses pieds nus.

Le vent marin souleva ses mèches violettes.

 

Puis, lentement, une ombre grandit sous la surface.

 

Elle retint son souffle.

 

L’eau s’illumina d’un éclat surnaturel.

 

Et, enfin, elle apparut.

 

Immense.

 

Majestueuse.

 

Une raie manta aux ailes déployées, couvrant près de quatre mètres carrés, son corps irradiant d’une lumière bleutée hypnotique.

Chaque battement de ses nageoires dessinait des vagues luminescentes, comme un rêve sorti d’un autre monde.

 

Elle sentit son cœur s’emballer.

 

Elle savait, à cet instant, qu’elle n’était plus seule.

 

L’aventure commençait.

Coulisses

Raconté par Guillaume, menuisier, rencontré au Parc du Vigean à Eysines.

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